ITEP projet thérapeutique hypnose

 

ITEP La Rosace, Sées, Orne

Thierry ZALIC

psychologue clinicien, hypnothérapeute

06 81 66 75 00

t.zalic@free.fr

 

Outre ma pratique libérale, je travaille depuis des années dans un ITEP, institut thérapeutique et pédagogique, qui accueille des enfants et adolescents ayant des troubles du comportement.

Voici une esquisse de projet thérapeutique que j’ai proposée un jour, utopique certes, mais dont certains éléments peuvent être repris par d’autres ITEP qui désireraient élargir leurs modes de réponses.

Tout commentaire sera apprécié.

Bonne lecture

 

Apprendre à chevaucher le tigre

ou

Sillonner la mer à l’insu du ciel

Esquisse utopique d’un nouveau projet

par

 

Thierry ZALIC

Psychologue clinicien

Hypnothérapeute

 

 

Sommaire

Oser mettre moins de gants pour toucher la peau

(préambule)

 

C’est super ! Le choix de pleurer ou de guérir

(la non compassion)

 

Le sourire du Bouddha

(la sanction ?)

La violence institutionnelle aura-t-elle toujours les yeux gris, ou verts… ?

(la violence dans l’institution)

Je suis si belle en ce miroir

(les neurones miroirs)

Trois mères se disputant l’enfant

(Deux causes de la violence institutionnelle)

Dieu, que la « crise » de l’enfant est belle !

(contrôler l’énergie)

Eteindre le feu en ajoutant du bois

(la notion de contre-feu)

Ne plus être que le gardien de la prison de la logique ordinaire

(groupe éducatif ou groupe thérapeutique)

Sillonner la mer à l’insu du ciel

(l’évolution de ma pratique thérapeutique)

Créer à partir de rien

(conclusion)

 

 

Oser mettre moins de gants pour toucher la peau

 

 

A la suite d’une formation de deux ans, bien après mes diplômes de psychologie clinique,  j’ai obtenu un diplôme français d’hypnothérapeute, puis un diplôme européen.

Après un moment où j’osais à peine en parler, où j’employais le mot relaxation au lieu d’hypnose, commence à venir le moment de l’acceptation, du plaisir même du terme car dans ma pratique, à l’intérieur de l’établissement et à l’extérieur avec des adultes, j’en vois jour après jour les effets.

 

Familles et enfants ont souvent vu de nombreux psychologues, en vain, aux discours répétitifs et souvent normatifs.

J’associe donc de plus en plus le mot hypnothérapeute à psychologue, de façon presque provocatrice, pour créer une interrogation, un effet de surprise, l’idée d’un changement possible.

 

Deux cerveaux pour trois formes de psychologue :

 

Les deux cerveaux : l’anatomie contemporaine nous a appris que l’homme fonctionnait avec deux cerveaux, trois en fait mais le troisième ne s’adresse qu’à la sphère des réflexes : le cerveau gauche, qui s’intéresse aux éléments, est celui de la logique rationnelle, mathématique et scientifique, tandis que le droit, intuitif, s’intéresse aux relations et répond à une « logique » émotionnelle.

 

Le psychologue « normal » donne du sens. Il parle avec le cerveau gauche et pour des cerveaux gauches, celui des apprentissages s’appuyant sur la réalité concrète, analytique.

 

Le thérapeute familial agit un peu entre les deux, déplace du sens en essayant de créer de la souplesse dans la constellation familiale.

 

L’hypnothérapeute donne du non sens. Il s’adresse au cerveau droit, celui de l’émotion, de l’art, qui s’appuie sur l’imaginaire. Il crée des dissociations et utilise des métaphores pour provoquer un changement des structures répétitives ou figées.

 

La palette d’intervention : aujourd’hui, comme d’autres psychologues essayant de gagner de l’efficacité, j’ai élargi ma palette potentielle d’intervention.

 

Outre l’hypnose, les possibilités pour résoudre un problème sont aujourd’hui nombreuses si l’on dépasse un esprit de chapelle : en plus des entretiens classiques ou de type psychanalytique (Freud, Lacan…), qui sont le socle de ma première formation, existent les thérapies brèves et stratégiques (Nardone), la programmation neuro-linguistique (Bandler et Grindel  après Bateson et l’école de Palo Alto),  l’approche familiale systémique (Minuchin), les techniques comportementales et cognitives (Albert Ellis et Aaron Beck), l’approche mixte hypnose TCC (Yapko), une autre approche mixte créative, stratégie, analyse systémique et hypnose (Virot, Dubos …) la théorie provocatrice (Farelly), et l’hypnose contemporaine (Erickson, Rossi…).

 

Il faut choisir la technique la plus adaptée au caractère et la pathologie du  patient et, avant tout, créer la bonne relation qui la permet.

 

Il existe donc plusieurs façons de résoudre un problème et, une seule pour ne pas le résoudre, ne rien faire.

Etrangement, pour des raisons multiples (confort social, peur des responsabilités, idée d’avant tout ne pas nuire…), c’est la plus employée.

 

Souvent, on met tant de gants pour aborder un problème que l’on ne touche jamais la peau.

 

 

C’est super ! Le choix de pleurer ou de guérir

 

 

Il existe un point commun à toutes les nouvelles approches thérapeutiques évoquées, un tournant dans cette part des sciences humaines : c’est le refus de la compassion : le refus, pas l’absence, car il en faut beaucoup pour la refuser.

 

Pour prendre l’approche provocatrice de Farelly, on pourrait répondre à tout traumatisme : « C’est super ! »

 

-         J’ai été violée.

-         C’est super !

-         J’ai été battu.

-         C’est super !

-         J’ai perdu une jambe sur une mine.

-         C’est super !

-         Mais non, c’est horrible !

-         C’est horrible et super. On n’a pas tous les jours la possibilité de se reconstruire, de se réinventer. Soit on passe sa vie à pleurer, à se lamenter, à ressasser son malheur, soit on prend en mains son traumatisme, on l’intègre, on le répare,  ou on le dépasse. Chaque patient a un choix. Vous avez le choix. En tant que thérapeute, j’ai des techniques, mais vous avez le choix.

 

Je cite l’approche de Farelly pour ouvrir le champ de l’esprit. Elle ne peut être pratiquée que par un thérapeute compétent qui a déjà un scénario en tête. Il faut savoir que plus on donne une réponse « dure » à quelqu’un, plus grand doit être l’ancrage affectif avec cette personne.

 

La thérapie, quelle qu’elle soit est avant tout mettre du mouvement, que le patient reprenne son destin en mains au lieu de le subir.

 

 

Le sourire du Bouddha

 

 

Le départ de cette réflexion a été « que répondrais-je si l’on m’interrogeait sur les sanctions ?

 

Me voilà bien embêté ! L’idée de sanction ne m’intéresse absolument pas. Après des stages multiples sur les sanctions, punitions, réparations, violence… stages qui ont du coûter beaucoup d’argent à l’UGECAM, les éducateurs devraient être des spécialistes des sanctions et de la violence, des experts. Or ils s’interrogent sans fin.

Qu’apprend-on  lors de ces formations ?

 

La sanction ? Oui…Qui doit-on punir ? La famille, l’éducateur, l’enfant ? Pourquoi un plus que l’autre ? S’interroger sur la sanction est s’interroger sur le dernier point d’une ligne.

Comment en arrive-t-on là ? Quel a été le chemin qui mène à cet instant ? Qui est responsable ? La pathologie de l’enfant ? Son manque de contrôle ? Une réponse inadaptée d’un adulte à une situation ? Un appel précédent qui n’a pas été entendu ?

 

L’expérience m’apprend que la grande majorité des « crises » intervient à la suite d’une non intervention de l’adulte, par fatigue, lassitude, trop grande répétition de conflits précédents, ou parce que l’enfant n’a pas été entendu. Vrai ou pas, imaginaire ou réel, son discours est toujours « j’ai cherché un adulte et je ne l’ai pas trouvé. »

 

La sanction est une façon de ne pas entendre, ou d’entendre à côté, ou de « botter en touche »,

un passage à l’acte qui répond à un passage à l’acte. Certes, l’enfant peut en être soulagé. Il est dans un système cohérent où, depuis toujours, il est habitué à ne pas être entendu, ou entendu à côté. Les adultes traitent d’un enfant qui n’est pas lui, ou pas totalement, sans son assentiment.

 

On peut pourtant recenser quelques questions sous-jacentes à la notion de sanction.

 

« Que faire quand je suis réduit à l’impuissance ?»

« Quel cadre peut me protéger ? »

« Comment sauver la face devant les autres ? »

« Comment tuer, ou vaincre, l’ennemi qui me terrasse ? »

 

La réponse par une loi extérieure, ou sanction, est, après-coup, rassurante. Il faut punir celui qui m’a fait du mal. Pas du mal à l’autre… non… c’est à moi surtout qu’il a fait du mal car je n’ai pas su défendre l’autre.

 

En tant que psychologue, je n’ai pas de réponse quant à la législation de la faute.

 

Pourtant, s’il y a débat sur le sujet, même si je ne peux pas répondre directement à l’éducateur qui cherche une solution immédiate, ce que je comprends, je peux l’aider à avancer sur d’autres terrains.

Il faut savoir tout d’abord que la notion de sanction est en rapport avec la souffrance infligée. S’il est un point sur lequel l’hypnose est performante, c’est en premier lieu sur les sensations de douleur et de souffrance. Plus la personne déstabilisée éprouve de douleur, plus la réponse sera forte, peut-être disproportionnée ou « à côté de la plaque ».

 

Je pourrais donc amener à réfléchir, ou mieux, à vivre, une autre approche du moment de crise, différente de la psychologisation analytique d’antan.

Par le passé, on se serait centré sur le désarroi personnel dû à ses propres traumatismes d’enfant, sur le régression momentanée par rapport au vécu abandonnique du tout petit enfant en soi qui a besoin d’être protégé, sur la réminiscence des sanctions de ses propres parents face à ses fautes…

 

Si rien n’est faut dans ces quelques assertions, je pourrais, aujourd’hui, apporter des débuts de solutions individuelles différentes.

 

-         Apprendre à compartimenter sa colère ou son sentiment d’impuissance pour ne pas que tout le terrain de soi soit envahi, ce qui amène à la désespérance ou à la dépression, fut-elle momentanée.

-         Comment sortir d’une transe négative ?

-     Comment se référer à la notion intérieure de choix, très différente de la notion de volonté.

-    Comment utiliser ce que j’appellerai « le sourire du Bouddha ».

 

A côté de cela, il existe d’autres théories sur la punition elle-même et les réponses à donner, hors de mon propre champ de pensée : il serait difficile de les expliquer en quelques mots sans risque de dérapage, citons la « théorie de la punition efficace », du « sadisme joyeux », ou du « comportement opérant » (Arzon).

 

Rappelons seulement qu’au-delà de la sanction même, de la punition ou de la réparation…il est primordial de comprendre que les messages les plus importants entre les gens sont exprimés de façon non verbale. Ce qui compte n’est pas tant ce que l’on dit mais  la façon dont on le dit.

 

 

La violence institutionnelle aura-t-elle toujours les yeux gris, ou verts… ?

 

 

La violence institutionnelle a toujours existé dans l’établissement, qu’il s’appelle IR ou ITEP, et existe dans de nombreux autres centres. Cependant, est-elle inéluctable ? Il existe d’autres lieux, où sont accueillis des jeunes à la pathologie semblable, dont le degré de violence est moindre ou même presque inexistant. Donc ce peut être.

 

 

Je suis si belle en ce miroir

 

 

Tous les derniers travaux de neurobiologie témoignent qu’une grande partie des fonctions s’activent par mimétisme. Depuis la découverte des neurones miroirs par l’équipe de Giacomo Rizzolati, on s’est aperçu que celles-ci jouaient un rôle important dans des capacités cognitives liées à la vis sociale, dans l’apprentissage par imitation ainsi que dans les processus affectifs tel que l’empathie.

 

Ainsi, les derniers travaux montreraient que les psychotiques ont un déficit de ces neurones.

 

Pour donner des exemples concrets, si un spectateur voit une personne boire dans une publicité ou un film, l’envie lui vient de boire. Si quelqu’un croise les jambes face à nous, il y a de grandes chances que nous fassions pareil.

 

Les neurones miroirs influencent les envies, les peurs. De même que le sourire de la mère amène celui de l’enfant, l’état intérieur de l’éducateur influe sur le groupe. S’il est aimable, les enfants le deviendront, s’il est sourd à ce qu’ils disent, ils feront de même entre eux. Un être radieux qui entre dans une pièce rend les autres radieux.

 

Une étude montre que face à deux personnes, une souriante qui dit des banalités et une maussade exprimant pourtant des analyses très fines, le groupe trouvera que la personne souriante est la plus compétente des deux.

 

La façon de parler, de sourire ou non, influe sur la qualité des informations transmises et sur l’état des autres personnes. En premier lieu, le stress ou la mauvaise humeur des dirigeants se communique et peut pourrir une institution sous forme pyramidale, du plus haut au plus bas.

 

Les nouveaux entrants s’intègrent à des groupes d’enfants violents, et développent un comportement en miroir pour s’intégrer au groupe, ou se défendre. Si, un jour, un groupe était calme, l’entrant se fondrait, plus ou moins vite, au moule.

 

 

Trois mères se disputant l’enfant

 

 

Les raisons de la violence dans l’institution sont multiples. Pourtant, j’en discernerai deux principales.

 

 

La psychanalyse : pendant des années, la psychanalyse a régné dans les domaines thérapeutiques des maladies mentales. Si celle-ci a été utile au début de ce siècle en faisant notamment de l’enfant une personne à part entière, en s’interrogeant sur les pulsions et la sexualité que le langage libérait, d’autres approches plus performantes à court terme, que j’ai énumérées au début de cet écrit, ont été complètement muselées.

 

Au temps de l’IR, trois psychiatres travaillaient dans l’institution en plus de moi-même, tous d’orientation psychanalytique, classique ou lacanienne. Tel était le critère de recrutement. Quand ils me convoquèrent, aucun d’eux  ne chercha à savoir si mon feeling avec les enfants était bon : je dus seulement leur prouver que j’étais un expert en « nom-du-père » lacanien  et en « stade du miroir », ce qui était alors le cas.

L’équipe en place interdisait toute autre approche, familiale, systémique, jeux de rôles, ou comportementales.

 

Aujourd’hui, le monde ambiant de la thérapie est moins sous l’emprise d’une seule doctrine.

 

D’autres pratiques, jadis décriées, ont pris place, avec, ou à côté. Ainsi, les deux psychologues actuels en poste ont pu être formés aux thérapies familiales ou à l’hypnose éricksonienne et thérapie brève créative.

 

Par cette ouverture, d’autres pratiques, plus diversifiées et créatives peuvent aujourd’hui se mettre en place.

 

 

Les pôles insitutionnels : la deuxième raison, qui pourrait être la première, a été, depuis toujours, la scission de l’institution en trois pôles distincts. Educatif, pédagogique, et thérapeutique, les deux premiers ayant des chefs respectifs tenant à leurs prérogatives et à leur pouvoir. La direction, jusqu’à un jour proche, attisait ces clivages dans une stratégie de « diviser pour mieux régner ».

Le soin n’a jamais été au centre du projet de l’enfant. Celui-ci devait s’adapter à la structure, relativement proche de celle extérieure qui l’avait exclu, sinon, l’institution faisait de même.

 

Si l’on pensait aux enfants, c’était par défaut, ou par tiers d’enfant. L’institution a passé son temps à essayer de se soigner elle-même, en vain puisqu’elle a secrété en permanence ses propres maladies,  la maladie de l’enfant n’étant qu’une caution qui réunissait tous les protagonistes.

Si chacun voulait, à un moment, le guérir, c’était comme trois mères se disputant l’enfant. Le plus souvent, il se gardait bien de progresser pour ne faire de tort à personne.

 

 

Dieu, que la « crise » de l’enfant est belle !

 

 

La crise est la libération d’une énergie non contrôlée. Généralement, les éducateurs travaillent sur son évitement ou sur la punition après coup.

Une énergie n’est ni bonne ni mauvaise. Il est évident que l’on ne peut pas tout accepter et, en premier lieu, que l’on ne doit pas accepter la violence sur autrui ou sur soi-même. Ce soit être l’interdit majeur.

 

Dire à un enfant qu’une crise est mal, ou qu’il est méchant, ne fait rien avancer ou le conforte dans son identité d’enfant mauvais.

 

L’hypnose, même s’il ne s’agit pas de cela à cet instant, apprend deux choses :

 

-         A mettre du mouvement dans un état, ou une situation qui est figée ou répétitive.

-         A développer des ressources intérieures existantes, qui, jusqu’à lors, étaient inemployées.

 

L’important est que l’enfant puisse prendre contrôle sur ses crises jusqu’au moment où elles ne l’intéresseront plus car il pourra s’exprimer autrement.

 

Eteindre le feu en ajoutant du bois

 

 

Si de l’énergie explose sans que l’on veuille qu’il y ait trop de victimes, il serait bon qu’un « lieu des énergies » soit créé, un lieu où le jeune pourra décharger la tension qui l’oppresse à son gré avec portes à claquer, punching-ball, chamboule tout… pâte à modeler à défigurer… yeux de poupées à crever, effigies en carton d’éducateurs ou de parents… que sais-je…

Si l’enfant peut déplacer sa belle énergie de rage et de violence d’une personne vers un autre lieu, il commence à prendre contrôle sur elle.

 

De même, si l’on arrive à  un constat objectif du nombre de crises par jour ou par semaine, ses fréquences, leur durée, leur intensité… on pourrait jouer sur la variation de ces paramètres avec lui. « Tes crises, c’est bien, mais léger.  Tu pourrais en faire de plus fortes je suis sûr ! Tu pourrais frapper plus fort sur le punching-ball, ou plus longtemps, et si tu en faisais cinq au lieu de trois, tu aurais une récompense si tu tiens le rythme toute la semaine… »

 

C’est un exemple. Lui donner la tâche d’en faire plus, ou à des heures précises, ou en changeant l’heure, pour qu’il devienne le maître des crises et qu’il soit plus fort, est passionnant.

Au bout d’un moment, il trouvera cela fastidieux et abandonnera. Il ne faut pas le laisser démuni et l’encourager à utiliser sa nouvelle force de contrôle, encore plus forte que l’ancienne, pour un acte plus créatif qu’il inventera avec son éducateur.

L’idée est toujours qu’il reprenne le contrôle.

 

Des jeux de groupe peuvent aussi être créés où les enfants s’insultent tout à tour, chacun, après une insulte, expliquant comment il fait pour rester serein. Le gagnant est celui qui résiste le plus longtemps, après trois, quatre, cinq insultes. S’il craque, on verra avec lui pourquoi et comment il peut reculer ses limites pour arriver à être une fois, ou de nouveau, le champion de la semaine. Cet enfant pourra peut-être même devenir professeur de contrôle pour d’autres. Tout un monde parallèle peut se créer.

 

 

Ne plus être que le gardien de la prison de la logique ordinaire

 

 

Le groupe éducatif classique apprend aux enfants à bien se lever, bien manger et proprement, être poli avec les adultes et à bien vivre entre eux. Ce n’est déjà pas une mince affaire, il faut l’avouer. L’éducateur travaille avec la réalité. Du moins, il le croit, car il n’y a pas de réalité. La réalité n’est pas ce qui nous arrive, mais ce que nous faisons avec ce qui nous arrive.

 

Pour reprendre les mots du thérapeute italien Nardone, cet éducateur est le gardien de la prison de la logique ordinaire. Pour lui, chevaucher le tigre est chose impossible.

 

 

Que pourrait être un groupe thérapeutique ?

 

Ce groupe impliquerait des éducateurs qui sortent de cette logique et deviennent stratèges, pour qui chevaucher le tigre est non seulement possible, mais réalisable.

 

Elaborons quelques propositions : les enfants adorent les règles, pour les autres, et sont prêt à élaborer des stratégies pour guérir, le voisin.

Pourquoi ne pas utiliser les ressources qu’il a pour trouver des solutions même si celles-ci sont destinées à d’autres.

Pourquoi ne pas imaginer que tout enfant ait un autre référent enfant, les plus petits pouvant, pour un temps, n’avoir qu’un petit référé en peluche.

Tout enfant qui entre dans l’institution saura qu’il aura un référent enfant dont il sera le référé, et qu’il sera un jour, ou tout de suite, référent d’un autre enfant.

 

 

Rôle du référent enfant

 

 

Le rôle de ce référent sera de présenter le groupe et les règles de l’institution, ainsi qu’élaborer régulièrement avec son éducateur une stratégie pour que le séjour de son référé se passe le mieux possible en fonction de sa pathologie.

Il n’aura pas rôle d’autorité, seulement de co-stratège avec l’éducateur et de facilitateur d’intégration.

 

Dans ces moments de réflexion et de complicité avec son éducateur, ce dernier ne s’occupera pas directement de lui.

Il sera l’objet d’un autre discours duquel il sera le référé. Les questions qui se poseront seront «  comment diminuer les problèmes de l’autre », « qu’a-t-il fait pour aider l’autre, que pourrait-il faire de plus ? »

 

Combien de fois lui a-t-on dit « j’ai besoin de toi. Aujourd’hui j’ai besoin de tes lumières. Toi qui es un spécialiste des crises, ou qui l’a été, tu en sais un bout sur la question. Pourquoi fait-il ça à ce moment ? Que peut-on inventer pour qu’il se sente mieux. Que ferais-tu, toi ? »

 

Réfléchir sur un autre est faire l’apprentissage de la réflexion sur soi. Il ne s’agit pas de trouver des solutions à tout prix, mais de réfléchir sur les mécanismes qui le permettraient. Se poser, trouver des liens de causalité, des stratégies, de sortir d’un passé répétitif pour aller vers le futur, de redéfinir les limites, les règles, les siennes comme celles des autres.

 

Dès l’admission, il s’agira de surprendre l’arrivant. « Tu es là pour soigner un autre enfant qui est déjà là ou qui va venir. »

Il dira rarement que ça ne l’intéresse pas, plus souvent qu’il ne sait pas comment faire. «  On est là pour t’aider à trouver des solutions pour le guérir. » «  De même, un autre réfléchira sur toi, et ça pourra l’aider. »

 

L’enfant qui entre à l’ITEP est rejeté de l’extérieur. C’est un mauvais objet. L’équipe lui précise tout de suite les règles. Qu’il dresse une oreille et il sera maté ! Ce qui n’arrive jamais, ou très peu, ou sur un temps très court, et il s’empresse de ressembler aux autres jeunes non mâtés. On pourrait lui dire furtivement que des règles existent, qu’il doit déjà être au courant ou les deviner, et que, de toute façon, un autre enfant lui expliquera.

 

Il nous intéresse d’abord de connaître toutes les compétences qui lui ont permis d’arriver jusque là. Bien que le monde lui ait été hostile, qu’il se soit senti rejeté, qu’il est peut-être été malade, on ne sait pas…  il a su faire preuve de beaucoup d’énergie pour rester vivant, en s’exprimant, quand d’autres dépriment ou sombrent dans la maladie. Il a sans doute d’autres compétences qu’on ne lui connaît pas encore. Il nous intéresse beaucoup de savoir ce qu’il sait faire.

 

Plutôt que la fausse promesse de le mater, de le faire progresser éducativement ou scolairement, ce qui n’est jamais acquis,  ce serait magnifique pour lui de présenter qu’il y a des lieux spéciaux pour les crises, d’autres pour ne pas apprendre, d’autres pour ne pas faire de sport, d’autres pour ne pas guérir. On ne donne qu’une mission aux enfants. Aider les éducateurs à guérir quelqu’un d’autre.

 

A ce moment, il pourra se demander où il est, comment il entre dans une telle maison de fous, où ils veulent tous en venir et comment sortir de ce guépié.

 

Dans une construction idéale, rien n’empêcherait les familles à réfléchir sur un autre cas que leur enfant selon le même principe, mais il ne faut pas brûler les étapes.

 

Ceci est une proposition de modèle. Chacun peut trouver le modèle le plus adapté à sa population. L’important, dans la prise en charge ou dans l’admission, est de faire prendre conscience que, plus que les actes, la parole est une grande dominatrice qui parvient à calmer la peur et à dominer la douleur.

Respirer… imaginer…

 

 

Sillonner la mer à l’insu du ciel

 

 

Ma propre pratique avec les enfants évolue. Si, pour un pourcentage d’entre eux les entretiens classiques portent leurs fruits, beaucoup n’aiment pas parler d’eux ; les questions les ennuient, sur eux, leur famille…

 

A côté d’une hypnose formelle où l’enfant est ce que l’on appelle en transe, hypnose pour régler des troubles du sommeil, une énurésie, une agitation, une dépression, des douleurs… d’autres formes sont possibles, hypnose conversationnelle ou approche  stratégique. L’enfant peut suivre un papillon bleu, être une balle bondissante ou prendre forme d’animal. C’est ce que l’on peut appeler « sillonner la mer à l’insu du ciel ».

 

Parfois, je commence à leur dire que les histoires d’enfants m’ennuient, que je préfère discuter d’histoires d’animaux, qu’ils doivent m’en proposer un, leur préféré, et qu’on l’emmènera voyager, ou que l’on s’interrogera sur ses problèmes et ses maladies, à l’animal, pas à l’enfant, et comme je suis fatigué, je ne veux pas y réfléchir tout seul, qu’il doit être aussi la personne qui soigne ou dirige l’animal qu’il a choisi.

 

Dans la famille de ce chien, qui sont les autres personnes ? Une sœur hibou, un père cachalot, une mère cigogne ? Comment le chien fait-il avec la cigogne, ça ne va pas de soi, il faut qu’il m’explique, et ça ne mange pas de la même façon, et un vole et l’autre court. Il doit trouver des solutions pour que tous vivent ensemble.

De même, un autre enfant qui veut être tigre, doit réguler les problèmes de sa violence de tigre aux dangereuses griffes s’il veut vivre avec les autres car sa mère est une grue (ce n’est pas moi qui l’ai dit), sa sœur une brebis et son père un cachalot. Comment ne pas dévorer sa sœur et être écrasé par son père ? Cela prête à de véritables histoires sans que l’on parle de lui évidemment.

Les enfants, sourds et aveugles quant à leur cas, deviennent soudain plus perspicaces et trouvent souvent des solutions qui laisseront des traces dans leur propre quotidien.

 

Le tigre pourra ainsi régler en psychomotricité ses problèmes de tigre… ou d’oiseau… ou de chiot malhabile.

 

 

Créer à partir de rien

 

 

Je laisse la conclusion de cette petite réflexion à Giorgio Nardone. « Tout ce à quoi on croit existe ». Cet aphorisme révèle le principe qui sous-tend le stratagème « créer à partir de rien », à savoir : une chose qui n’existe pas peut produire des effets concrets si l’on pense qu’elle existe.

Pour citer Oscar Wilde, « la vérité n’est rien d’autre que le dernier mensonge tenu pour vrai ».

 

Faisons un dernier retour sur la notion de neurones miroirs. Plusieurs expériences d’induction et d’observations ont été faites.

Une personne entre dans un lieu, sure d’elle, convaincue d’être appréciée. Tous lui renvoient des signaux amicaux.

Celle qui entre, rigide et méfiante, persuadée de ne pas être aimée,  induit des comportements négatifs car les observateurs se raidissent et deviennent suspicieux face à son visage fermé. Le résultat final sera, pour elle, une confirmation qu’elle est une personne désagréable que tous rejettent.

 

La pensée de ces séquences interactives doit orienter notre quotidien. Ainsi, dans l’art du combat, le stratagème consiste à faire croire à l’adversaire que nous sommes beaucoup plus fort que nous le sommes en réalité. Il sera intimidé non par nos cris ou nos biceps, seulement par notre regard qui doit exprimer assurance, calme et détermination.

 

L’habileté à créer à partir de rien n’est pas seulement un des véhicules du pouvoir personnel et interpersonnel ; c’est aussi une compétence fondamentale qui nous permet de passer de la position de celui qui construit ce qu’il subit, à la position de celui qui construit ce qu’il gère.

 

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